*** FC comme valeur d'extrapolation des capacités maximales ***
FC comme indice de l'intensité de l'exercice
FC comme indice de récupération
Compte tenu de toutes les fluctuations auxquelles est sujette la FC, il est
bon de s'interroger sur la validité et l'interprétation de la
mesure de la fréquence cardiaque maximale (FCM) ou sous-maximale dans
une évaluation des capacités maximales d'un individu effet,
depuis que Wyndam (1959) a confirmé la relation linéaire entre
la FC et la consommation d'oxygène (VO2), beaucoup se sont
penchés sur l'évaluation indirecte de VO2 pour estimer
les capacités maximales d'un sportif (Astrand et coll., 1964 ; Astrand
et Rhyming, 1954 ; Astrand et Saltin, 1961 ; Conconi et coll., 1982 ; Davies
et coll., 1972 ; Fox, 1973).
Or, il s'est avéré que les extrapolations à partir de
FCM pouvaient être entachées d'erreur. Certains auteurs (Cazorla
et coll., 1984 ; Davies, 1968 ; Leymonie, 1984 ; Viladin et coll., 1989) ont
montré que des sous- et surestimations apparaissent facilement dès
lors que l'on utilise une valeur de FC calculée à partir d'une
valeur (ou série de valeur) sous-maximale, ou que l'on utilise la FCM
théorique (voir plus loin).
Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour justifier cette
constatation :
Il en va de même pour la méthode de détermination du "seuil aérobie-anaérobie"
proposée par Conconi et coll. (1982) sévèrement critiquée et remise en cause
par certaines études publiées ultérieurement (Lacour et coll.,
1987 ; Léger et Tokmakidis, 1987).
Pour palier à ces erreurs, il est préférable, comme nous
l'avons dit plus haut, de mesurer la FCM individuellement grâce à
un exercice exhaustif, et, ensuite, d'utiliser des valeurs relatives (pourcentage)
dans l'élaboration des suivis d'entraînement. Certains (Astrand
et Rodhal 1980 ; Taylor et coll., 1969) ont proposé de mettre en relation
le pourcentage de VO2max avec celui de la fréquence cardiaque
ou, mieux, de la réserve cardiaque fonctionnelle maximale (voir plus
loin). L'erreur d'estimation avec cette seconde méthode n'est plus que
de ± 8%. Cette relation est influencée par l'âge des sujets. Par
exemple, les enfants de 6 ans auront, pour un même pourcentage de V02
max, des valeurs de FCM plus élevées en pourcentage que de jeunes
adultes de 18 ans, comme l'illustre la figure 1 ci-dessous. Cette différence
s'atténue avec l'âge.

Le problème majeur pour utiliser la FC, comme outil d'estimation de l'intensité
de l'exercice, est l'évaluation de la FCM.
Beaucoup d’ouvrages de physiologie prônent l’utilisation de
la formule : FCT = 220 – âge, pour estimer la fréquence cardiaque
maximale théorique (FCT) d’une personne en vu de gérer l’intensité
de l’exercice. Or, depuis de nombreuses années, nous savons que
cette relation n’est pas fiable.
Cette formule n’est en fait qu’une approximation obtenue par Fox et coll. (1971) en traçant une droite passant au plus près
de la majorité des valeurs de FCM (meilleur ajustement linéaire
de façon manuelle) reportées sur un graphe construit à partir d'une compilation d'articles scientifiques (Figure 2
ci-dessous). En refaisant un vrai calcul de la droite de régression passant
par les valeurs de fréquence cardiaque maximale (FCM) de 35 des 42 expériences
(du fait d’erreurs dans la bibliographie
de l’article) regroupées sur cette figure, Robergs et Landwehr (2002) ont trouvé la relation
suivante :

Cette équation n’est évidemment pas similaire à celle initialement proposée de la FCT. Et cela, nous le savons depuis 1938, avec la publication, par Robinsonn de la première équation de prédiction de FCM (212 – 0,77 * âge).
Pour que la formule "220 – âge" soit acceptable, il faudrait que la pente de la relation entre la diminution de FC et l’augmentation de l’âge soit de 1… ("220 - âge x 1"). Ce n’est évidemment pas le cas au regard des valeurs publiées par Astrand et coll. (1952, 1973, 1997) regroupées ci-dessous dans la figure 3. On voit clairement que la relation entre FC et âge est curviligne et non linéaire ; la formule de FCT n’est donc pas applicable aux sujets de moins de 10 ans.

Et même si l’on fait abstraction de ce sous-groupe d'âge en ne gardant que les personnes d’un âge supérieur ou égal à 10 ans, l’équation que l’on obtient est :

Encore une fois, elle ne correspond pas à la formule de la FCT de Fox et coll.
Robergs et Lanwehr (2002) ont fait une méta-analyse de 43 publications relatives à la FCM en ne retenant que les 30 études les plus complètes d'un point de vue statistique. Ils ont ensuite compilé les équations de régression pour calculer la FCM d'individus âgés entre 20 et 100 ans. Leur nouvelle équation de régression donne une formule prédictive suivante : FCM = 208,754 - 0,734 * âge (r = 0,93 ; erreur = ± 7,2).
Les méta-analyses qui ont été publiées à ce jour sur la FCT (par exemple : Tanaka et coll., 2001 ; 208 - 0,7 * âge ; r = 0,81) donnent des formules très proches de celle-ci (Figure 5).

Cette première méthode est de loin la meilleure. Elle s’obtient au cours d’un test triangulaire (progressif et maximal) ou lors d'un test rectangulaire. Dans les deux cas, il faut faire un échauffement approprié. L'obtention de cette valeur de FC est largement facilitée par l’utilisation d’un cardiofréquencemètre. L’avantage de cette méthode est que la FCM est immédiatement disponible et peut être mise en relation avec un autre paramètre, de terrain (VMA) ou de laboratoire (VO2max) par exemple, pour affiner l’optimisation des séances d’entraînement. Qui plus est, elle est strictement individuelle et participe donc à une meilleure gestion du potentiel de la personne.
Elle ne peut être obtenue qu’à l’aide d’équations prédictives. Il faut définitivement abandonner la formule classique (220 – âge) pour les raisons évoquées plus haut. Mais, on sait aussi qu'à l’heure actuelle, aucune formule publiée n’est suffisamment précise pour être considérée comme fiable en toute circonstance ; les erreurs possibles de prédiction étant toujours trop importantes pour correspondre exactement aux intensités relatives de VO2max souhaitées.
La formule qui possède la marge d’erreur la plus petite est celle de Inbar (205,8 – 0,685 * âge ± 6,4 ; formule obtenue au cours d’une étude réalisée avec 1424 sujets des deux sexes, âgés entre 20 et 70 ans pour une moyenne située à 46,7 ans ; Inbar, 1994). L’idéal serait que cette marge d’erreur soit réduite à 3 bpm (± 1,5 bpm) pour être acceptable.
Certains auteurs (comme Londeree et Moeschberger, 1982) ont même proposé des équations intégrant plusieurs paramètres : âge, âge2, âge4/1000, ethnie, mode d’exercice, niveau d’activité, type de protocole utilisé pour évaluer FC. Mais cela n'apporte rien de plus à la qualité de la prédiction et de sa précision.
Une autre approche serait de moduler le résultat en fonction des circonstances. Cette démarche a été adoptée par Miller et coll. (1993) qui propose une formule intégrant les résultats de travaux publiés récemment relatifs aux particularités de publics testés comme la variation de FCM en fonction du mode de test utilisé (course, vélo, nage ; Kravitz et coll., 1997 ; Tanaka et coll., 1991 ; Cassady et Nielsen, 1992) ou sa diminution avec l'entraînement d'endurance (Zavorsky, 2000). Ainsi, on peut calculer FCM à partir de l'équation de Miller et coll. : 217 - 0,85 * âge. Puis, on ajuste le résultat à partir des données suivantes :